Le rêve de Sarah
La nuit était chaude. Sarah s’endormit le cœur plus léger, bercée par le souffle paisible de cette nuit sans lune. Comme un reset. Un effacement doux, une promesse de recommencement s’amorçait.
Elle s’enfonçait lentement dans un sommeil profond lorsqu’elle se vit au volant d’une superbe voiture, sentant sous ses doigts la douceur du cuir. La route s’ouvrait devant elle, sinueuse et majestueuse. Elle descendait les lacets d’une montagne, le paysage défilait, quand soudain ses peurs remontèrent à la surface. La voiture ne répondait plus. Elle avançait seule, rapidement, comme possédée par une force invisible.
Sarah, paniquée, en sueur froide, tentait désespérément de reprendre le contrôle. Ses mains agrippaient le volant, son pied s’enfonçait sur la pédale de frein, rien ne répondait, le véhicule continuait sa course folle. Elle slalomait entre les autres véhicules, frôlait le vide du ravin. Son cœur battait à tout rompre lorsqu’elle aperçut au loin, un embranchement : une autoroute où circulaient à grande vitesse d’autres voitures. Le chaos semblait s’intensifier.
Mais là, sous ses yeux qui scrutaient l’horizon, presque cachée, une petite bretelle en terre s’offrait comme une promesse ou une menace elle ne le savait pas encore. Guidée par une impulsion venue d’on ne sait où, elle acheva sa course sur cette petite aire poussiéreuse. Sarah ferma les yeux un instant. Le silence revint. Elle reprit son souffle, les mains encore tremblantes.
Elle remarqua au loin, un autre véhicule, immobile lui aussi. Et c’est alors que l’esprit d’un Lama vint à sa rencontre. Il ne disait rien, mais tout en lui parlait : sa présence, son calme, son regard vaste comme les steppes. Il avait vu sa peur, sa panique, mais aussi sa force. Dans ses yeux profonds Sarah sentit son agitation intérieure se dissoudre peu à peu. Elle comprit qu’il ne venait pas réparer quoi que ce soit, mais pour lui rappeler qu’elle n’était pas seule. A ses côtés, une vielle femme apparut. Comme surgie d’un autre temps, courbée mais lumineuse, elle semblait porter en elle les âges du monde. Ses yeux plissés par les années, brillaient d’une clarté étrange, celle de ceux qui ont traversé les tempêtes sans jamais s’y perdre. Dans ses mains, elle tenait une fiole de verre. Elle la tendit à Sarah. Ce n’était pas un simple remède mais un fragment de sagesse ancienne, une invitation à descendre plus profondément en elle-même.
« Ce que tu fuis ne veut pas te détruire. Il veut être vu. Tu es prête à te rencontrer », murmura la vielle femme.
Sarah ne comprenait pas tout, mais elle sentait que ce rêve n’était pas un cauchemar. C’était un message. Une pause offerte au bord du tumulte. Quelque chose en elle s’ouvrait, comme une porte entrebâillée sur un monde intérieur qu’elle n’avait pas encore osé explorer.